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LE MARIAGE, OU LA PROSTITUTION
ELEVEE AU RANG D’INSTITUTION


Une femme qui fait métier de la prostitution met son corps à la disposition d’un homme et en retire un avantage matériel immédiat.

Une femme mariée met son sexe à la disposition de son mari ; en retour, même sans enfant, même sans jamais travailler, elle obtient le toit et le couvert et, à la mort de son conjoint, grâce à la donation au dernier vivant, elle pourra jouir de la totalité de sa fortune.

Mais que font donc ces femmes mariées à la tête des manifestations féministes pour l’abolition de la prostitution ? Disons qu’à la différence des prostituées professionnelles, elles sont probablement des légalistes, ou bien elles ont préféré composer avec les institutions parce que, tout bien compté, elles y ont trouvé leur intérêt.

Maintenant soyons honnêtes, nous sommes toutes embarquées sur le même navire. Le navire poursuit sa course et aucune de nous n’a réussi à l’arrêter. Pourquoi les femmes essaient-elles de faire basculer leurs consœurs d’infortune par-dessus bord ? Est-ce pour se dédouaner ou est-ce la crainte de voir leur pourvoyeur de fonds de mari se volatiliser ? Aussi longtemps que les hommes posséderont quatre-vingt-quinze pour cent des biens de la planète, les femmes n’auront pas plus d’échappatoire que les affamés qui passent les frontières clandestinement.

L’Eglise qui refuse le sacrement de l’Eucharistie aux personnes divorcées, donc infidèles, a inventé le devoir conjugal pour couvrir les péchés de ses hommes. Le mariage religieux est un passeport pour le libertinage. Le sexe des épouses propriété privée permet que les appétits sexuels débordants ne perturbent pas outre mesure l’ordre social.

Car c’est exactement de cela qu’il s’agit. La race humaine appartient au règne des mammifères et on se raconte qu'on est des anges. Notre ego ne peut accepter notre modeste rang sur l’échelle de la sagesse.

Le premier qui a condamné le commerce du corps humain au nom de la morale aurait dû tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. D’abord, les femmes ne vendent pas leur corps au sens où d’autres vendent leur sang. Elles vendent l’usage de leur sexe mais en réalité bien plus que cela. Elles vendent leur charme. Quel que soit l’objet vendu, l’action de vendre est toujours accompagnée d’une opération de charme. Charmer est un talent qui n’est pas à la portée de tous. Charmer fait rêver les humains et c’est vital de rêver. Voyons pourquoi il peut être très grave de parler sans réfléchir. Depuis l’apparition du salariat et sans doute depuis l’apparition de l’Homme, nous vendons notre corps pour survivre. Aujourd’hui, nous sommes des dizaines de millions d’humains à vendre quotidiennement l’usage de nos muscles pour survivre, uniquement parce que notre estomac nous y contraint.

Vous me direz peut-être qu’il n’y a aucune comparaison possible entre le sexe et les muscles. Encore un préjugé tellement ancré dans nos esprits que nul ne songe à le discuter. Les ouvriers donnent leur vie à leur patron. Pour preuve, la longévité des travailleurs manuels est d’une bonne dizaine d’années inférieure à celle des professions intellectuelles. Voilà la vérité, la sacralisation du sexe est le fait d’un endoctrinement, si bien que désormais, le viol est indissociable de la pénétration sexuelle. Or, la pénétration n’est absolument pas nécessaire pour qu’une femme ait la conviction d’avoir été violée. Dès lors qu’un homme a profité de la faiblesse physique d’une femme pour ‘jouer’ avec son corps, il a effectivement violé. La nuance juridique entre ‘jeux sexuels’ et viol est inacceptable.

D’ailleurs, les hommes ne sont pas habilités à juger ces questions-là. Tout au plus peut-on leur accorder un pouvoir consultatif. Ils sont sur le point de nous faire le coup du gène violeur. Pauvres minets ! La Nature aurait par mégarde introduit une paille dans leur charpente d’acier ! Il va même se trouver des femmes pour s’apitoyer sur leur sort. Puisque nous voulons nous battre, boycottons cette justice où les hommes sont juges et parties. Plutôt que de manifester contre la prostitution, que les femmes exigent que les sanctions prises à l’encontre des violeurs soient de leur ressort exclusif !

Les prostituées professionnelles vendent aussi leur charme mais pas seulement leur charme. Le choix de la prostitution chez une femme n’exclut pas qu’elle soit aussi capable de donner de l’affection. Et c’est certain que nombre d’entre elles en donnent. Les hommes qui usent des services des prostituées pour les renier ensuite sont de mauvaise foi. Tous les hommes qui rendent visite aux prostituées souffrent d’un vide affectif, quoi qu’ils en disent, et c’est même pour cela qu’ils deviennent clients réguliers. Sinon, la masturbation devrait suffire. Ils sont prêts à payer parce que, faute de trouver l’affection, ils savent qu’ils leur restera toujours la satisfaction physique. Mettre son argent là ou au restaurant, quelle est la différence ? Quand vous commandez au restaurant il n’y a aucune place pour le rêve, vous obtenez exactement ce pour quoi vous avez payé, tandis que quand vous payez une femme, il y a en plus le rêve inavoué de rencontrer, par le plus extraordinaire des hasards bien sûr, le grand amour, un peu comme si vous jouiez au jeu du Millionnaire.

Il est faux de dire que l’affection et l’amour ne peuvent s’acheter. Les nourrices sont des professionnelles payées pour donner de l’amour aux bébés et les enfants privés d’amour grandissent très mal.

Les prostituées vendent de l’amour et sont méprisées pour cela. Vendez vos muscles dans une usine d’armement et vous serez respectés. Choisir entre l’amour et la mort : si je me trouvais devant ce dilemme, il est clair que je choisirais de vendre l’amour. Devant chaque client, je me dirais : Quelle vie a-t-il bien pu mener pour être descendu si bas, au point d’en être réduit à payer pour être aimé ?

Semer l’amour devrait être une activité mille fois mieux payée que de semer la mort. Les prostituées doivent s’organiser entre elles pour imposer leurs prix et leurs conditions, et dès que possible évincer tous les hommes qui vivent de ce commerce. Ces individus sont tous des escrocs, sans exception, car ils vendent ce qui ne leur appartient pas. Les pourvoyeuses d’amour, ce sont les femmes, que je sache !

Le sexe est une composante de l’amour. Pourquoi l’avons-nous sali ainsi ? Condamner le commerce de l’amour au motif que des hommes l’ont perverti, cela revient à condamner l’argent comme moyen d’échange au motif que certains ont imaginé la spéculation et les dessous-de-table.

Chacun a le droit de disposer de son corps comme bon lui semble. Nul n’a autorité pour juger si une femme se prostitue librement ou non. Lui interdire de vendre son charme si elle a fait ce choix est clairement un abus de pouvoir. Quant à toutes celles qui pratiquent la prostitution sous la contrainte, qu’est-ce que les gouvernements attendent pour mettre leurs proxénètes hors d’état de nuire ? Mais je devine que parmi les hommes en panne d’amour, on trouve beaucoup de politiciens.

On dit que l’Etat ne peut payer les femmes pour faire des enfants parce que l’amour ne s’achète pas. D’une part, l’argent n’est pas sale, les déshérités vous le diront. Ensuite, si les femmes qui se consacrent au foyer ne gagnent pas d’argent par leur travail en qualité d’éducatrices, d’infirmières, de diététiciennes, de trésorières, d’ambassadrices, etc., leur survie dépend de leur mari ; dès qu’un différend survient, la partie est inégale puisque le premier impératif de survie est de se nourrir trois fois par jour. Ces ‘maîtresses de maison’ se soumettent donc sans résistance, ou bien elles font semblant pour préserver ce qui peut encore être sauvé : la nourriture et les études des enfants. Pour moi, ce type de rapport tient absolument du viol ou de la prostitution. Les hommes mariés achètent tous les jours l’amour de leur femme. Je me demande pourquoi les médias prennent cet air étonné en publiant le pourcentage des femmes qui subissent des violences de la part de leur conjoint. Si l’amour des femmes pour leurs enfants ne doit pas s’acheter, alors pourquoi l’amour des femmes pour leur mari peut-il s’acheter ? L’Etat est manifestement hypocrite, mais, excusez-moi si je me répète, il a le soutien de toutes ces femmes qui ont personnellement intérêt à ce que rien ne change, et quand l’argent est le nerf de la guerre ...

Un pays qui ne se soucie pas du bien-être des mères ne peut rayonner très loin ni très longtemps. Pourquoi ce problème n’est-il jamais exposé au grand jour ? Parce que la Ligue des épouses richement mariées veille au grain.

Les prostituées ont dû payer au prix fort l’honneur de naître femmes. Quant à ceux qui achètent leurs services pour les humilier aussitôt, ce sont des hommes déchus et, si la réincarnation est une réalité, je ne vois pas comment ils pourront renaître sous forme humaine.

La prostitution est un iceberg dans le paysage, et un iceberg c’est dangereux. Mais, de la même manière que l’iceberg est le produit d’un climat, la prostitution est le produit de nos pensées et de nos comportements. C’est insensé d’interdire ce que nous fabriquons nous-mêmes. On n’interdit pas la pollution, on n’a que l’option de faire le nécessaire pour qu’elle diminue. C’est une révolution dans les rapports du couple qui est nécessaire.

La prostitution des trottoirs n’est qu’un abcès purulent qui signale que la maladie couve à l’intérieur. La maladie, c’est l’institution du mariage ; le mariage, c’est un marché (de dupes) entre un chef (de famille) et sa maîtresse (de maison).

Si l’institution du mariage était perfectible, faire le parallèle avec la prostitution serait abusif ; mais le mariage n’est pas une institution réformable. La mission de donner la vie et de porter les enfants reviendra toujours aux femmes ; ce qui veut dire que les femmes exécuteront toujours les tâches qui constituent le socle de la civilisation, les tâches les moins visibles, les plus spirituelles, celles pour lesquelles il est utopique d’espérer reconnaissance.

Nous entrons dans le troisième millénaire, alors inventons un nouveau modèle de société où nos vies de femmes ne seront plus suspendues aux fantasmes et aux humeurs des mâles.

Certaines féministes prétendent que le fait d’échanger un service sexuel contre paiement rend les hommes arrogants et plus dominateurs. C’est une opinion très discutable. Payer un droit d’entrée à la bibliothèque n’autorise pas pour autant à déchirer les livres.

Bien que sachant que mes conseils sont superflus pour bon nombre d’entre elles, je me permets tout de même de dire que j’encourage les femmes qui font commerce de l’amour en indépendantes à se faire payer aussi cher qu’elles le peuvent. Comme le fait tout bon prestataire de services, elles doivent veiller scrupuleusement au respect des conditions de réalisation du contrat.

Si, malgré tout, je déconseille cette activité chaque fois que c’est possible, c’est pour une seule raison : sans parler de la haute dangerosité des rapports sexuels pour notre vie, chaque contrat passé reste une très mauvaise affaire commerciale pour la femme. Le charme d’une femme est un Parfum sans prix et la connaissance de ces choses a été étouffée. Je rêve du jour où toutes les femmes sauront qui elles sont. C’est dans ce combat que les féministes doivent mettre toute leur énergie. Cessons de troquer de l’Or contre du sable !

De nos jours, moins que les moyens, c’est la volonté qui manque aux femmes pour sortir du patriarcat. Les intérêts en jeu sont immenses, et les humains, femmes et hommes, sont surtout victimes de leur indigence spirituelle.

Pour ne rien omettre, je voudrais ajouter ceci : A mes yeux, la prostitution n’est pas une profession mais un mode de vie. Les acteurs et actrices intervenant dans la prostitution sexuelle ne font pas autre chose que quatre-vingt-quinze pour cent des humains. On vend son corps ou son âme, c’est comme on aime. Toutefois, le degré de gravité varie grandement. La faute est quasi nulle chez les femmes contraintes par la nécessité, tandis qu’elle atteint les sommets dans les sphères les plus hautes de la société, notamment dans le milieu politique, où l’on convoite à la fois l’argent, le pouvoir et la gloire.



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