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LE LOGEMENT DES FEMMES


En France, le droit aux allocations minimales de survie est soumis à conditions ; il ne dépend pas seulement du revenu du demandeur mais du revenu global des personnes habitant sous le même toit, à un détail près cependant : si le demandeur partage le logement avec une personne du même sexe, il conserve son droit à indemnité dans tous les cas. Par contre, si le co-résidant est une personne du sexe opposé, partenaire sexuel ou non, et perçoit un revenu, le droit à l’aide disparaît. L’occupant le plus démuni étant généralement une femme, le maintien de relations ‘paisibles’ dans le foyer doit passer par quelque autre sorte de paiement. La loi française a récemment criminalisé la prostitution de trottoir mais maintient le statu quo à l’intérieur des maisons. Les femmes sont a priori à l’abri de la prostitution uniquement dans les foyers sans hommes. ‘Coucher’ pour éviter de se retrouver à la rue, c’est cela la prostitution légale, bénie de notre gouvernement. Sont prostituées toutes les femmes, mariées ou non, qui, d’une manière ou d’une autre, acceptent des rapports sexuels par nécessité. Selon les statistiques, la durée moyenne d’un rapport, préliminaires compris, est de l’ordre de cinq minutes. Si ce n’est pas du viol, ça lui ressemble. Les hommes n’ont pas leur place dans les appartements des femmes. L’homme souffre d’un atavisme : le besoin de chasser. S’il garde sa femme dans la dépendance matérielle, il n’a plus d’efforts à faire pour conquérir son cœur et la traite bientôt comme un accessoire, une de ces machines fantastiques qui assurent ses besoins physiologiques, fabrique les enfants, organise les loisirs, fait le ménage, la lessive... Un homme ne peut avoir droit à être entretenu par une femme pour l’unique raison qu’il est le géniteur des enfants.

Le gouvernement devrait examiner sans préjugé cette proposition : encourager la construction de petites communautés de femmes où les mères divorcées seraient admises en priorité. Un petit groupe de femmes, camarades ou amies, partagerait un même logement qui comporterait des parties privées et des parties communes. Les femmes pouvant trouver leur revenu à l’extérieur apporteraient la trésorerie, les autres travailleraient à la rénovation du logement, à l’éducation des enfants, à la culture du jardin, exploiteraient les possibilités de l’Internet.

Toutes les formations professionnelles favorisant l’autonomie économique devraient être offertes à ces femmes : Revêtement des sols et des murs, peinture, menuiserie, mécanique automobile, architecture d’intérieur et paysagère, bureautique et construction de sites Internet en étant des exemples.

Aucun homme ne pourrait être inscrit sur le bail du logement. Les pères des enfants et les amis seraient invités dans la mesure où ils apporteraient une contribution équitable à la marche de la communauté. Ainsi la dépendance matérielle et financière des femmes vis-à-vis des hommes disparaîtrait, et en même temps l’inceste et la violence masculine. Car l’arme préférée des hommes au foyer, c’est l’argent. Les conflits naissent de ce que les hommes qui possèdent un droit sur le logement ou apportent un revenu au foyer cherchent à monnayer leurs privilèges en abusant femmes et enfants.

Dans la communauté idéale, je vois les femmes héritières prioritaires de la terre et des murs ; des murs pour protéger physiquement les enfants et se protéger elles-mêmes, et de la terre pour assurer la subsistance.

Ceci n’est pas une utopie. On peut naturellement classer cette idée dans les utopies et l’oublier ; alors l’idée devient vraiment une utopie. Mais il suffit qu’un seul banquier lui prête vie pour que, d’utopiste elle devienne réaliste. C’est juste une question de volonté. Un banquier n’a rien à perdre si une informaticienne, une éducatrice, une cuisinière, une architecte font ensemble la demande. La caution d’un homme ne serait plus nécessaire. Nos banquiers ont fait des paris autrement plus hasardeux ! A partir d’un exemple concluant, l’idée essaimerait et une véritable économie parallèle naîtrait entre les communautés de femmes. Le gouvernement y gagnerait, il aurait moins de souci à se faire (s’il s’en fait) au sujet des femmes ayant dépassé la quarantaine et à qui il doit l’assistanat parce qu’il n’a fourni aucun effort pour leur faire une place dans l’économie du pays.

Cette expérience, que les femmes divorcées adopteraient peut-être d’abord par nécessité, serait, j’en suis certaine, très prisée des femmes à la recherche d’alternatives à notre société qui traite les femmes en citoyennes de seconde zone.

Une femme qui se soumet, avec sourires ou protestations, perd un peu plus chaque jour sa dignité, et c’est comme cela, dans l’anonymat et l’indifférence, sans esclandre, que les femmes deviennent l’ombre des hommes dans notre société. L’idée de la création de communautés réunirait les deux camps de féministes : celles qui revendiquent un véritable revenu pour éduquer leurs enfants et celles qui veulent absolument pousser toutes les femmes dans le salariat, en voulant ignorer qu’une salariée, d’esclave de son partenaire, devient l’esclave de son employeur.

Et je dirais surtout que si les femmes n’habitent pas avec les hommes, elles pourront notablement améliorer le degré de civilisation de notre société en choisissant pour chaque enfant qui elles veulent comme géniteur. Les hommes alors n’auraient plus qu’à bien se tenir...



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