page précédente sommaire page suivante accueil


VOLER SON PROCHAIN


Voler, c’est subtiliser le bien d’autrui. Comment est-on certain qu’une chose appartient à tel ou tel ?

Les mères élèvent les enfants gratuitement et nul ne se soucie de savoir comment elles-mêmes se nourrissent. Les hommes qui nous gouvernent sont si pleins d’eux-mêmes qu’ils ont oublié d’où ils venaient. Ils disent que s’ils payaient les femmes pour faire et élever les enfants, cela coûterait trop cher à l’Etat. Du fait que, de nos jours, les femmes ont le droit de travailler à l’extérieur en plus de tenir la maison, nombre de pères ont commencé à prendre leur revenu pour leur argent de poche.

Les mères mettent les enfants au monde. Ce n’est pas rien. Si une seule génération de femmes faisait la grève des enfants, si aucun enfant ne naissait en vingt ans, la France disparaîtrait de la carte du monde. Et pourtant les femmes enceintes se contentent du respect qu’on accorde aux vaches porteuses. En Inde, au moins, les vaches sont des animaux sacrés.

Il est donc inadmissible qu’une mère qui vole de la viande pour améliorer l’ordinaire du repas de ses enfants soit condamnée dans un pays aussi riche que le nôtre.

Voler est illégal, affirme-t-on dans les médias. Mais que valent les lois ? Que valent les hommes qui les font ? Si quelques femmes ont fait leur apparition à l’Assemblée Nationale, ce ne sont jamais des femmes du peuple, jamais des femmes qui aient eu à envisager un seul jour de voler de la nourriture pour leurs enfants.

Je trouve très triste et désastreux qu’une femme qui a subtilisé de la viande dans un supermarché pour nourrir ses enfants accepte de dire devant les juges qu’elle regrette son geste. Qui est l’avocat qui a donné ce conseil ? Je pense que, lorsque cette femme a dit « Je regrette.», c’était avec tout le mépris dont elle était capable. Elle n’a dû penser qu’au meilleur moyen de retrouver ses enfants rapidement : « Ces hommes s’imaginent qu’ils m’ont corrigée, qu’ils servent à quelque chose, qu’ils travaillent pour la sécurité du pays, qu’ils peuvent s’endormir le soir avec satisfaction, qu’on doit les congratuler. Ils doivent penser à moi avec dégoût mais ils ont tombés plus bas que moi. J’ai agi par amour pour mes enfants, mais eux ?» Un animal peut en dévorer un autre parce qu’il a faim, mais sans jamais penser à mal. Tandis que ces hommes, je ne pense pas qu’ils puissent réellement appartenir au genre humain.

Jusqu’au 18ème siècle en France, un domestique qui volait un jambon était pendu. La faute est donc une notion toute relative. Le monde change, on a encore le droit de rêver qu’un jour, le domestique et son employeur seront convoqués ensemble devant le juge pour débattre sur la question de savoir qui a abusé de qui.

L’éthique et la véritable philosophie ne font pas partie des programmes scolaires des enfants. Pour cela, il faudrait que nos Inspecteurs de l’Education Nationale aient médité eux-mêmes sur ces questions. Et puis, apprendre aux enfants à philosopher ébranlerait sûrement tout l’édifice de notre civilisation !



page précédente sommaire page suivante accueil