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L’EDUCATION NATIONALE


C’était dans les années 1960, quelque part dans l’Ouest de la France : Qu’as-tu appris à l’école, ma fille, à l’école de ta jeunesse ?
- J’ai appris que pour être désirable, en plus d’être jolie, je devais être douce, être soumise ou faire semblant, et savoir cuisiner.
- J’ai appris qu’il n’était pas bien de faire l’amour avec un homme avant d’en avoir averti M. le Maire mais je n’ai jamais entendu dire que certains hommes adoraient ‘ jouer ’ avec le sexe des petites filles.
- J’ai appris qu’il n’était pas convenable de regarder les hommes droit dans les yeux. Un jour, mon Prince Charmant viendrait me chercher et, en attendant, je devais rester pure, affirmer que la vie était belle et remercier Dieu pour tout cela.
- J’ai appris que bien que tous les hommes fussent égaux, certains étaient malgré tout plus beaux, plus riches, plus intelligents et plus spirituels que moi ; en conséquence de quoi, si quelque ambition naissait en moi, l’exprimer me rendrait certainement ridicule. D’ailleurs, il serait malséant de parler de moi sans qu’on m’y ait invitée.
- J’ai appris que même si les femmes sont les égales des hommes, mes enfants porteraient le nom de leur père, parce que c’est le père qui fournit la petite graine.
- J’ai appris que pour être fier de soi, il fallait gagner son pain à la sueur de son front, et que le bien acquis sans peine ne faisait pas honneur.
- J’ai appris que pour mériter ma nourriture, je devais travailler dur, en fabriquant des obus, du tabac ou de la lingerie fine, peu importe, parce qu'il n'y a pas de sot métier ; mais que cependant, on pouvait aller en prison si on volait de la viande au supermarché pour nourrir ses enfants.
- J’ai appris qu’il fallait obéir à Dieu avant tout ; que bien sûr Dieu était muet, mais que certains hommes avaient reçu procuration pour donner les ordres et savaient bien mieux que moi où était le Mal et où était le Bien ; que je devrais donc toujours avant d’agir m’assurer que je respecte la loi.
- J’ai appris que le vin était une boisson ordinaire, que si certains hommes avaient le visage plus rouge que le vin de leur cave, c’était dû aux travaux des champs ; et que mieux valait accepter cette explication.
- Mais j’ai aussi appris à compter pour ne pas me laisser rouler dans la farine par les plus instruits que moi.
- Et surtout, j’ai appris à LIRE. Et c’est grâce à mes institutrices que j’ai pu apprendre tout ce que l’Education Nationale nous cache. Finalement, j’ai pu découvrir dans les bibliothèques tous ces gens merveilleux qui ont laissé, dissimulés ici et là, les écrits non conformes à l’éthique de l’instruction des masses.



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